les doigts de pied sont ce qui relie les racines à ce qui sort de l'arbre sur la terre - un arbre est du temps sortant de la terre
autrefois j'aimais la formule : "la danse est le miroir du vent dans les arbres"
avec elle, les mouvements sont autre chose et surtout autre chose que de la danse
d'arbre, il y a aussi le chant des oiseaux
mais son chant part des mêmes profondeurs que le reste, il n'est pas posé sur les branches, il monte du tronc, avec la sève
le dernier chant surtout - improvisation vocale sur le Premier Prélude de Bach, une polyphonie, comme si plusieurs femmes chantaient tour à tour, se relayant, de plusieurs pays, de plusieurs cultures, un tour de monde de cultures devenues comme naturelles
ce n'est pourtant pas une voix caméléon
j'ai l'impression que sa base est l'alto - de la famille des voix dont l'étoile est Kathleen Ferrier, la voix qui me fait frissonner des pieds à l'esprit
au milieu, au centre, le corps, son air et ses souffles
j'ai beaucoup aimé entendre ses souffles, le double sens du mot inspiration, et cette vapeur invisible qui sort quand elle se lance
il faut sans doute être du métier ou de la pratique pour mesurer plus exactement la valeur technique de ce qu'elle fait, mais peu importe: l'art fait disparaître les peines qui y mènent, et le spectateur ne doit y lire que l'évidence
son corps est d'évidence
Eluard disait: "j'ai la beauté facile et c'est heureux"
de tout cela on sort avec une idée précisée et peut-être un peu réparée - ou consolée ? - de la dignité de l'être
photo 1 : Isabelle Barbat "nomades"
photo 2 : création image Isabelle Barbat d’après une photo de S. Pakudaitis



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